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C'est un changement de cap. Indubitablement, l'Otan et l'ensemble des pays engagés dans le conflit contre les Talibans, souhaitent pouvoir enfin récolter les fruits de leur présence sur le sol afghan. La force, n'a pas suffi. Malgré 113000 hommes sur place, auxquels viendront s'ajouter plus de 38000 autres dans les prochains mois, les Etats-Unis et leurs alliés n'ont pu maintenir qu'un semblant de stabilité en installant, depuis 2001, une forme de gouvernement, à la devanture démocratique mais dont le crédit auprès de la population s'est considérablement détérioré.

Au sommet sur l'Afghanistan, qui a débuté ce jeudi 28 janvier, tous les acteurs présents ont marqué un certain intérêt pour la stratégie proposée par le président Hamid Karzaï : "réconciliation et réintégration". Faire la paix avec les chefs talibans, tout en encourageant, par l'argent, leurs hommes à retrouver une activité civile. Vaste programme, risqué à plus d'un tour, et gourmand en capitaux. Les Occidentaux y ont souscrit : à terme, un fond de plus de 350 millions d'euros sera dégagé. Faire la paix est une noble idée, mais avec qui?


Car la notion de "Talibans" recouvre une réalité complexe. Ces derniers ne forment pas réellement une entité homogène. Il s'agit d'un conglomérat de chefs tribaux, à l'idéologie islamiste bien intégrée, mais aux intérêts régionaux différents. Tous ne sont pas étroitement liés à Al Qaida (on a même vu des affrontements entre Talibans et combattants de la nébuleuse islamiste venus se battre en Afghanistan). Depuis 2006, on note même une nette démarquation, en particulier dans les districts du nord du Pakistan.

Un tri va donc s'opérer. En amont d'une part, sur la volonté des Occidentaux : la "Liste noire" des terroristes internationaux établie par la résolution 1269 de l'ONU, devra être reactualisée, comme le demandait depuis un bon moment le représentant des Nations-Unies en Afghanistan, Kai Eide. Le Mollah "Omar", symbole du combat taliban depuis 2001, est d'ores et déjà considéré comme "réconciliable". Selon le Think-tank Brookings, cette modification aura nécessairement deux conséquences négatives : - démontrer aux Talibans que l'OTAN et le président Karzaï sont dans une impasse telle que cela justifie une telle précipitation.
- rendre caduc un instrument de lutte contre le terrorisme international, en faisant de cette liste un "outil politique", et non plus basée sur des critères objectifs.

Le tri se fera ensuite du côté des chefs talibans eux-mêmes. Les plus proches de l'international djihadiste trouveront dans la voie adoptée par les Occidentaux, des arguments pour affirmer que leur combat s'avère payant. Les autres, seront tentés par cette réconciliation, moyennant une bonne place au sein de la République Islamique d'Afghanistan. Les simples combattants, moins réceptifs à l'appel du djihad qu'à celui du ventre, se démobiliseront ... mais pour combien de temps ? Si les sommes allouées à ce projet ne servent qu'à "acheter" une paix éphémère, les troupes occidentales n'auront vraisemblablement pas plié bagage en 2015.

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